Je ne connaissais pas Yu-ichi Inoue. C’est un artiste japonais qui a produit des calligraphies modernes et avant-gardistes, des années 50 aux années 80.
Dans le cadre de Japonismes 2018, la Maison de la culture du Japon à Paris lui consacre une exposition, du 14 juillet au 15 septembre. Cela a été pour moi l’occasion de découvrir ses peintures… et de m’émerveiller !

Tout m’a plu : les traces, vives, expressives ; les questionnements et parti-pris – abstrait, un seul caractère, les messages sociaux et politiques ; les mêmes caractères calligraphiés plusieurs fois et pendant des années ; les pinceaux exposés (imaginez des pinceaux de plus de vingt centimètres de diamètre !)

Yu-ichi Inoue – Dénuement (détail) Une des calligraphies à caractère unique de Yu-ichi Inoue (La pénombre mettait bien les œuvres exposées en valeur mais ne m’a pas permis de prendre des photos de belle qualité !)

Yu-ichi Inoue – Oiseau Le caractère “tori” (oiseau) fait partie de ceux que le calligraphe a le plus souvent exécuté tout au long de sa vie.

Yu-ichi Inoue Un exemple des calligraphies au crayon conté que Yu-ichi Inoue traçait frénétiquement à la fin de sa vie.

Yu-ichi Inoue est à l’origine un enseignant, qui calligraphiait une fois rentré chez lui. Attiré un moment par l’abstraction du trait, il est revenu vers la calligraphie de caractères. Une de ces particularités à été de faire des tableaux d’un seul caractère. “Amour”, “fleur”, “oiseau” font partie des caractères que Yu-ichi a calligraphié à de nombreuses reprises.

Il calligraphiait également des poèmes, des sutras, des textes sacrés. Parfois, des textes de sa propre création, non sans humour pour certains : “La tête du pinceau s’est détachée. Après tout, peu importe, elle est tombée et puis c’est tout.”
Sa démarche l’a également conduit à calligraphier des événements sociaux et politique ; le plus touchant est certainement celui où il raconte le bombardement de l’école où il enseignait et duquel il est ressorti seul survivant. Le tableau correspondant, Ah École nationale de Yokokawa, est un fourmillement de caractères tracés avec vivacité sur un grand ensemble.
La maladie l’ayant rendu incapable de continuer ses grands tracés, Yu-ichi a exprimé son besoin de calligraphie au simple crayon Conté ou au fusain, au moyen desquels il jetais avec frénésie des textes qu’il énonçait à voix-haute tout en écrivant. C’est une de ses périodes les plus productives.

Et c’est probablement parce que Yu-ichi Inoue ne s’est rien interdit, parce qu’il a tracé ses caractères selon sa démarche, son besoin et ses envies, ouvrant ainsi des espaces que d’autres n’avaient pas explorés, que l’exposition porte le sous titre “la calligraphie libérée“.

Vous pouvez faire une idée de l’exposition en regardant ce court reportage d’arte : Le trait sans cesse renouvelé de Yu-Ichi Inoue.

Amusant : alors que je découvre Yu-ichi Inoue, je lis dès le premier panneau explicatif, qu’il avait une correspondance active avec …Pierre Soulages, qui n’est décidément jamais loin 😉

L’exposition n’est pas grande mais généreuse : en plus des nombreux tableaux, une vidéo nous montre le peintre en train de tracer des caractères ainsi qu’un petit reportage. Une vitrine montre également d’impressionnants pinceaux ! Enfin, quelques livres sont mis à dispositions pour être consultés sur place.
Notez que le billet d’entrée à l’exposition (5 € en tarif plein) vous donne un droit d’accès à l’exposition “Fukami, une plongée dans l’esthétique japonaise”, à l’hôtel Salomon de Rothschild, du 14 juillet au 21 août.

Yu-ichi Inoue, la calligraphie libérée
Maison de la culture du Japon à Paris
14 juillet – 15 septembre 2018